Sous les pavés de la rue du Perron - Signé Genève

Tribune de Genève, 25 mars 2020

Article paru dans « Signé Genève » Mercredi 25 mars 2020.

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Sur place, une belle vitrine avec des présentoirs amovibles et une devanture où trônent boucles d’oreilles, bagues, colliers, bracelets et pièces de toutes sortes. L’arrière-boutique accueille l’atelier proprement dit, un espace de création bien visible où le client est le bienvenu.

Portrait

Sous les pavés de la rue du Perron

Au pied de la Vieille-Ville, une bijoutière joaillière tient le pavé dans une charmante boutique atelier. Rencontre

Fabien Kuhn
Pages 2,3 Portrait
Petit tour en Vieille-Ville, avec la rencontre d’une chaleureuse bijoutière-joaillière. Marta Sanchez tient une toute petite bijouterie atelier à la rue du Perron, «Sous les pavés…». Un lieu et une personne débordants de vie et de passion.

mi-chemin entre le centre et la Vieille-Ville se trouve la rue du Perron. Une de ces ruelles charmantes, qui abondent en VieilleVille. Pavée et pentue, elle regorge de plaisantes boutiques. Parmi celles-ci se trouve au numéro 12 un tout petit atelier de bijouterie joaillerie tenu par Marta et Georges: «Sous les pavés». Un lieu qu’on croirait revenu d’un autre temps, où les artisans fourmillaient dans la ville du bout du lac. Mais aujourd’hui à Genève, ils ne sont plus beaucoup, les artisans joailliers, tout au plus une vingtaine d’indépendants. La raison en est bien simple, c’est devenu difficile d’en vivre de nos jours. Pourtant, «Sous les pavés» résiste.
Sur place, une belle vitrine avec des présentoirs amovibles et une devanture où trônent boucles d’oreilles, bagues, colliers, bracelets et pièces de toutes sortes. L’arrière-boutique accueille l’atelier proprement dit, un espace de création bien visible où le client est le bienvenu. «C’est un endroit très important pour moi, avance Marta Sanchez, bijoutière et joaillière depuis plus d’une vingtaine d’années. Ce lieu favorise la conversation. C’est ici que l’on discute avec les clients, que l’on précise leurs envies.»
Marta Sanchez aime travailler avec ses mains. Cette Suissesse aux origines hispano-italiennes a toujours entretenu un rapport affectif avec la matière. Mais pas n’importe laquelle: les améthystes, les turquoises, l’or ou l’argent ont sa faveur depuis bien des années. De même, limer, souder, polir, ou frapper fait partie des gestes qu’elle affectionne particulièrement.
Une formation classique Formée chez Chopard durant quatre ans, la bijoutière a rapidement compris que ce n’était pas son monde, le coeur n’y était pas: «Ma vision du monde était différente, on ne voit pas le client et on ne peut pas partager avec lui. Je n’étais qu’une pièce d’un grand ensemble. Mais c’était une super formation!» précise-telle. Un savoir qu’elle et Georges, l’autre bijoutier-joaillier de la place, transmettent à Leïla, apprentie chez «Sous les pavés». Bien consciente de la chance qu’elle a, les places étant plus que limitées dans le secteur.
Après son apprentissage, Marta part à Barcelone étudier l’émaillage puis revient à Genève, où le travail ne manque pas. Enfin, il y a onze ans, Heinz Kaufeler, bijoutier à la rue du Perron, désire re-

mettre son atelier. «Mon collègue Georges m’en a parlé, c’était une aubaine car ce genre de situation n’arrive pas très souvent. C’était un sacré défi, mais on s’est lancé avec Georges», lance-t-elle, avant de préciser que les deux bijoutiers ne sont pas associés, mais deux indépendants sous le même toit. Indépendance, voici le maître mot de Marta Sanchez: «Pour moi, c’est ça le plaisir de se lever tous les matins. J’ai atteint mon but, c’est ce que je voulais faire en tant qu’apprentie. Oui, on gagnerait davantage si on était employés, mais à quel prix…»
Depuis 2008, donc, l’activité de bijouterie foisonne à la rue du Perron, avec ses hauts et ses bas, car dans le métier, il faut être flexible. Aussi, son occupation journalière se divise grosso modo en trois types d’activités: la transformation, la création proprement dite et la réparation. «L’intérêt de ce métier, c’est de créer quelque chose avec le client, vraiment ensemble. Sa satisfaction est très importante pour moi, c’est le signe qu’on a réussi à produire ce qu’il voulait.» Par exemple, un jour, une personne est venue la voir avec une énorme broche avec un gros saphir en son milieu enrobé d’or gris, serti de petits diamants. «Elle avait appartenu à sa grand-mère, un bijou qu’on ne porte plus de nos jours. Je l’ai transformé en enlevant toutes les pierres et en fondant le métal. Du saphir central, j’ai réalisé un pendentif tout simple et avec l’or et les brillants, j’ai réalisé deux alliances. Ainsi la petite-fille avait pour son mariage des alliances et un pendentif créés à partir de la broche de son aïeule, c’était très touchant.» Recyclage, transformation, remise au goût du jour.
Depuis peu, Marta s’est également mise à travailler avec d’anciennes pièces de monnaie. Un intérêt pour la numismatique qui lui a été amené par un de ses clients. «Il m’a trouvé un tétradrachme antique, que j’ai acheté. Une pièce frappée à Athènes en 400 av. J.-C. représentant Athéna coiffée d’un casque sur une face et une chouette, l’attribut de cette déesse, avec une feuille d’olivier sur l’autre. Je l’ai montée en pendentif.»
Ainsi va la vie Dans un autre domaine, Marta Sanchez a également créé une collection unisexe en argent. Ou sa collection O-MA («Le mien en finnois», précise-t-elle), composée des pièces qu’elle expose en vitrine. Des fantaisies qu’elle aime qualifier de contemporaines, avec des boucles d’oreilles en lapis-lazuli, des saphirs ou encore de l’or blanc. En dehors de son travail créatif, Marta répare également des pièces abîmées ou sous-traite pour des boutiques de la rue du Rhône. «Ils n’ont pas tous leurs propres bijoutiers», dit-elle. Ainsi passent le temps et les années pour Marta Sanchez, la passion toujours intacte, le plaisir de se rendre chaque jour à la rue du Perron. Créer de belles pièces, avec minutie, respect d’un métier et de clients avec lesquels elle aime tant partager.
Plus d’infos sur: www.o-ma.ch , www.souslespaves.ch/

Mercredi 25 mars 2020

Signé Genève